Son nom est gravé sur le monument aux morts avec celui de Philippe Boyon également tué en Algérie. Celui-ci en permission était passé au garage début mars 1957 pour dire un bonjour. Il avait le moral. Quinze jours plus tard ayant rejoint son régiment il était blessé lors d’un accrochage et mourut après une semaine d’agonie.  Il était également fils unique. (Récit en fin de texte).

 

On ne peut que s’interroger quand on se remémore les pensées prémonitoires que sa mère a pu avoir le jour du départ de Jacques à l’armée ainsi que la nuit de sa disparition.

Ecourt 2 Destins tragiques

 Jacques et Philippe deux destins anéantis en Algérie....

Le  départ  à  l’armée.

 

Un jour Jacques reçut sa « feuille » de départ pour l’armée prévu pour début novembre 1956. Il était indiqué qu’il partait directement pour l’Algérie. Ce fut à Blida.

 

Le jour venu Jean qui faisait également le taxi se préparait à conduire son fils à la gare d’Arras. Je revois cette scène où sa mère, appuyée sur la barre en cuivre de la grosse cuisinière en fonte s’écria au moment où Jacques sortait de la maison : Je ne le reverrai jamais !

 

Un fait troublant. Un peu plus d’une année s’écoula et Jacques annonça qu’il avait obtenu une permission pour décembre. On l’attendait donc.

Zone de Texte: Remerciements à M. Jacques Pinart et aux amis de Philippe pour leurs témoignages émouvants et vécus.

Avoir 16 ans en 1956 à Ecourt Saint Quentin, c’était ne pas trop se soucier de l’avenir. On ne parlait pas de chômage et le superflu n’avait pas cours. La télévision faisait son apparition et l’automobile, les motos, les mobylettes  prenaient leur plein essor. Il y avait bien la guerre en Algérie, mais dans quatre ans quand viendrait l’heure du départ à l’armée qui était encore bien loin, cette guerre serait certainement terminée. La majorité des jeunes commençait à travailler à 14 ans ; normal leurs parents avaient commencé à 11 ans ! Une minorité allait jusqu’au bac et très peu se dirigeaient vers le fonctionnariat. Ne pas travailler à 16 ans donnait l’impression d’être quelque peu assisté. Le hasard voulut que Jean Varlet le garagiste du village, soit à la recherche d’un apprenti mécanicien, car son fils Jacques allait partir à l’armée. Ayant un certain intérêt pour le concret, je me présentai et Jean m’embaucha.

Début octobre j’arrivai au garage pour être pris en charge par Jacques, c’était l’année de ses vingt ans. Il était décontracté, sympathique et un peu farceur. Le courant passa bien. Mon premier travail consista à l’aider dans la réparation d’un tracteur Massey-Fergusson fonctionnant à l’essence et appartenant à Ladislas Dordain qui avait été l’un des premiers du village à s’équiper de ce nouveau matériel.

Quelques jours avant son départ pour l’armée, Jean le père de Jacques l’avait autorisé pour la première fois à démonter un moteur en pièces détachées et le remonter seul.  C’était une Simca 5 appartenant à M. Léo Taine.

  1947 – 11 ans                                     Jacques en 1954                                               1950

  Jacques à 19 ans                                        Ses parents : Aimée et Jean                                           Début à l’armée

Cela se passait le samedi matin et comme chaque jour avant d’aller travailler à l’atelier, je prenais le café avec Aimée et Jean. La première chose que me dit Aimée en arrivant, fut : « Cette nuit j’ai réveillé Jean car on avait frappé à la porte et crié « M’ man » comme lorsque Jacques rentrait la nuit et qu’il avait oublié sa clé. Nous avons encore attendu, mais plus aucun bruit. Je me rendais compte que j’avais rêvé, sûrement parce que j’ai l’esprit occupé par son retour ».

 

Le soir même, le maire M. Léon Décaudain et deux gendarmes vinrent annoncer à Aimée et Jean que leur fils était porté disparu après une embuscade tendue par les fellaghas.

            Inutile de décrire la situation, Jacques étant en plus leur seul enfant. Après quelques jours, ceux-ci commencèrent à réagir. Ce furent des lettres envoyées un peu partout, à de Gaulle, au Pape et tous les notables susceptibles de fournir la moindre information. Les réponses étaient :   «  Nous effectuons des recherches, nous ne manquerons pas de vous aviser dès que...etc ...etc... »

            Toutes les heures nous écoutions les infos sur Europe I. Ce qui est resté le plus odieux, ce furent des rumeurs parfois ironiques du genre : « Il a peut-être déserté ou  il a rejoint le F.L.N ».

 

Quarante  ans  plus  tard.

 

Les années ont passé sans d’autres nouvelles. Pourtant j’avais toujours en tête le nom d’un copain de régiment de Jacques : Jacques Pinart. Je savais qu’il était de Douai. En fait il était propriétaire d’un commerce à la place d’Armes.

 

            Un jour je me présentais chez lui en expliquant que j’avais connu Jacques et que ses parents après bien des aléas indépendants de leur volonté étaient venus nous trouver pour nous demander de reprendre la succession du garage fermé durant plusieurs mois. De ce fait il nous dévoila  en quelques instants dans quelles circonstances et comment la destinée de Jacques avait basculé. Avant tout, il tint à nous dire combien ce souvenir l’avait marqué et que le sujet revenait souvent dans la conversation lors de réunions familiales.

 

Les  faits. Cela se passait dans la région de Cherchell, Jacques qui était caporal au 9ième Zouave et participait à la bataille d’Alger, caserné dans la Casbah, avait été désigné au dernier moment et détaché aux Tirailleurs Algériens pour remplacer un collègue qui devait partir en patrouille de nuit dans la région de Cherchell. D’après Monsieur Jacques Pinart qui était son sergent on  ne devait pas l’envoyer pour cette mission car il était permissionnaire. Il nous confirma que cette nuit là, son équipe était prise à partie et qu’après l’embuscade il était porté disparu ainsi que deux tirailleurs Algériens. Ce qui avait déjà été annoncé en décembre 1957 par les autorités militaires.

 

Ensuite il nous raconta que durant plusieurs jours ils purent suivre à la jumelle dans la montagne les trois hommes prisonniers des fellaghas. Ils se déplaçaient chargés de fardeaux. Le troisième jour ils assistèrent impuissants à leurs derniers instants.

On voudrait parfois ne pas connaître certaines vérités, mais à quoi bon faire l’autruche et vouloir se faire croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce serait renier et vouloir ignorer le calvaire de ces milliers de jeunes tués ou disparus loin de chez eux.

 

La plupart des militaires qui ont séjourné et crapahuté en Algérie savent qu’il était impossible d’intervenir dans ce genre de situation, à cause du terrain fait de gorges et de grottes difficiles d’accès. Même si cela avait été possible, ils auraient été supprimés de toute façon.

 

            Son père décédé en décembre 1975 et sa mère en avril 2005 n’ont jamais connu cette réalité. Malgré les recherches, son corps n’ayant jamais été retrouvé, il est toujours porté disparu.

En haut Jacques, en bas à droite M. Pinart. Sur le casque, la  mascotte : une tortue.

La fin tragique de Philippe Boyon.

 

Le récit en a été fait par deux de ses camarades  présents au moment de l’attaque. L’un  était de Vénissieux, et l’autre de Bourg en Bresse. Ceux-ci sont venus à Ecourt avec leur épouse le 4 juillet 2000, à l’invitation de Michel Dormard président des Anciens d’A.F.N. Ils avaient fait des recherches sur Philippe par l’intermédiaire d’un journal. Ils allèrent déposer une plaque sur sa tombe avec Mme Josette Péru et quelques membres des Anciens Combattants d’Ecourt St Quentin.

 

Les  événements. Un des deux camarades venus à Ecourt se trouvait dans le même half-track que Philippe au moment de l’accrochage.

Le 19 mars 1957 vers huit heures, sur une piste de chênes-lièges dans le djebel Saadia de l’Ouarsenis à trente kilomètres d’Orléansville (aujourd’hui Cheliff), le 25ème Dragon avait pour mission la reconnaissance d’une maison forestière. Le convoi était composé d’une jeep avec quatre occupants, de deux half-tracks et de deux G.M.C (soit une cinquantaine d’hommes au total). Philippe était affecté à une mitrailleuse de 50.

A un moment le capitaine fit stopper le convoi. Des fellaghas postés se croyants découverts ouvrirent le feu. La fusillade  dura à peine deux minutes, mais malheureusement Philippe fut atteint au rein dès les premières balles. Il se plaignait beaucoup. Réclamant sa mère. Seulement la nature du terrain empêchait les hélicoptères de se poser pour permettre l’évacuation des tués et blessés. Cela prit du temps avant de pouvoir atteindre l’hôpital  Maillot à Alger où Philippe décéda le 26 mars après une semaine d’agonie.

Philippe se trouve à gauche.                                                                                       Ici au premier plan.

Philippe parmi ses camarades d’école de g. à d.

 

En haut : Jean Canivet - Jules Dehay – Vincent Péru – Albert Wiart.

 

Au milieu : Michel Dormard – Philippe Boyon  – Henri Bacot – Francis Duflos – Gilles richard – Jean Barbier – Alexandre Bacquet..

 

En bas : André Wiart – François Fourmaut – Gilles Mallet – Claude Mathon – Robert Bellicourt – Fr.  Lemettre.          

Un hommage au monument aux morts est rendu régulièrement à ces jeunes disparus au combat.

      

En 1960, l’heure était venue à notre tour, d’aller servir sous les drapeaux…       Serge Leblanc.

 

Ce texte revu et condensé est déjà paru en intégralité dans la revue semestrielle n° 2 de décembre 2005 du Cercle d’études historiques d’Ecourt Saint Quentin et de ses environs.

gabriel.tetar@orange.fr

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